Errance

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Message  Calice le Lun 8 Juin - 23:07

L'humain grassouillet suait à grosse goutte, transformant son maquillage facial en une peinture contemporaine, et il semblait manquer d'air à la manière dont il tirait sur le col de sa veste d'apparat étriquée. L'homme regarda désespérément les autres personnes autour de la table, cherchant un quelconque soutien, sans grande réussite par ailleurs.
Calice l'observait l'air sévère, mais derrière le masque impassible, elle jubilait.
A chaque fois c'était la même chose, ce mélange de déférence spirituelle craintive et de concupiscence avide et interdite la mettait dans un état d'excitation particulier.
- « Mais Dame Calice, ce... », s'interrompant devant le regard noir soudain, « ... je voulais dire Votre Sainteté Calice ! Ce n'est pas... comment dire... »
Un long silence. La peinture contemporaine évolua subtilement.
- « ... envisageable. »
Le dernier mot n'avait été que murmure.
Le mouvement des deux Hyades armées provoqua un subit désintérêt de la part de ses deux voisins les plus proche et leur léger recul prudent.
Calice leva la main d'un geste sec. Les gardes revinrent à leur place.
Elle se leva lentement et se pencha légèrement, sciemment, faisant jouer la moire de son sari de soie rouge diaphane, dévoilant aux yeux de tous les formes de son corps ivoirin.
Elle remarqua les coups d'oeil furtifs gênés, ceux plus soutenus qui ne quittaient pas sa silhouette et les mouvements de déglutitions difficiles qui s'ensuivirent. Ils étaient tellement prévisibles.
- « Et... pourquoi donc Oligarque Janssen ? », demanda-t-elle d'un ton à donner de la fièvre à des glaçons sous zéro absolu.
Un autre long silence.
- « Comprenez Votre Sainteté ! Nous avons déjà... notre religion, nos dogmes ! ... Accueillir votre Église... cela reviendrait à les renier, à renier notre passé, notre histoire, nos cultures... Vous ne pouvez nous demander cela alors que vous venez à peine d'arriver dans notre galaxie... Il faut du temps... beaucoup de temps... »
Un silence pesant s'installa confortablement, attendant avec impatience la suite des évènements. Les Oligarques présents trouvèrent un intérêt soudain au fil qui dépassait d'un bouton de leurs redingotes bleutées ou au manque de cirage de leurs chaussures.
- « Hum... Je vois ! Cela me chagrine que vous le preniez ainsi ! Nous ne voulions imposer en rien notre religion ! Nous ne voulions que mettre un terme à notre Errance. Nous avions mis tant d'espoirs en votre planète. »
Calice soupira en se redressant.
- « Jena n'est qu'Amour, Plaisir et Lumière. Vous auriez aimé entendre les chants sacrés de nos Houris, écouter les Saintes Paroles l'esprit apaisé et vous auriez alors senti qu'il est doux de s'endormir sur son sein divin. Mais je vois que vous refusez tout cela. », fit-elle faussement dépitée.
- « Nous sommes disposés à vous procurer toute l'aide nécessaire mais nous ne pouvons accepter votre demande... Nous devons d'abord apprendre à nous connaître ! Vous pouvez rester autant de temps que vous le voulez mais après... Peut-être resterez-vous, peut-être vous faudra-t-il reprendre un jour votre... Errance ! », répondit l'Oligarque Janssen dans un semblant d'ouverture.
- « Bien... Bien... Nous allons y réfléchir ! Nous allons porter votre réponse au Konklave. Vous aurez la notre d'ici peu. »
Elle s'inclina rapidement devant l'assemblée, oubliant ostensiblement le protocole, puis s'éloigna suivit de la Kommandante Oriana, des quelques Skribes et de la dizaine d'Hyades qui formaient sa suite.
Une fois en dehors de la salle du Conseil, elle marcha d'un pas vif pour rejoindre la Sainte Korvette, démontrant ainsi son agacement important. L'appareil s'éleva dans les airs dans un rugissement poussif, creva la couche de nuage et se retrouva rapidement dans le noir de l'espace. Devant le mutisme de Calice, Oriana n'osa même pas lui parler durant le court vol de retour vers le Vaisseau Kathédral. On apprenait vite à ne pas déclencher sa colère inutilement.
Sur le même rythme, Calice regagna ses quartiers luxueux, congédia les Skribes tandis que les Hyades, obéissant à leur Kommandante, reprenaient leur faction devant les appartements de la Teknopapesse. Les portes coulissèrent et enfin la fureur de Calice explosa, remplissant toutes les pièces de sa colère.
- « Pas envisageable... PAS ENVISAGEABLE ? Il se prend pour qui celui-là ? », se retournant vers Oriana.
- « Peut-être pour le Seigneur de cette planète, Votre Sainteté ? », fit sérieusement la Kardinale, fixant Calice avec une petite moue malicieuse, se préparant au pire.
Calice ouvrit la bouche, une étincelle semblable aux flammes de l'enfer dans les yeux, un léger frémissement des narines dénotant, pour qui la connaissait, son état intérieur, mais elle ravala le flot furieux qui s'apprêtait à sortir, perplexe. Elle dévisagea étrangement Oriana, longtemps, puis son visage se fendit d'un joli sourire pour finalement se mettre à rire franchement.
- « Aaaah Ori !... Il n'y a que toi pour me ramener à certaines réalités », soupira-t-elle, encore souriante, « J'aime ce ton mais... »
- « Mais ? »
- « Mais... arrêtes de m'appeler Votre Sainteté quand nous sommes seules... cela me donne la chair de poule... tu le sais bien. »
Cette fois-ci le sourire était plus tendre.
Un léger mouvement de la main vers un point invisible d'un des murs de la pièce, la lumière baissa pendant que les baies devinrent transparentes et l'image de la planète sauta soudain à leurs yeux comme cachée derrière un obstacle, sa lumière réfléchie noyant les pièces d'une lueur verte, irréelle.
Le spectacle était magnifique.
Une symétrie quasi parfaite. On pouvait voir une large bande verte méridionale de continents et de petites mers qui s'estompait peu à peu pour laisser la place à des terres glacées, et des chaînes montagneuses blanches, allant vers les deux pôles. Des bandes de nuages, semblables à des petits chapelets de coton, masquaient ici et là les continents.
Les géoscanneurs avaient détecté sur et sous sa surface tout ce qui fallait pour mettre définitivement fin à l'Errance. Une bien belle planète, à tous points de vue.
Oui le spectacle était magnifique.
Et soudain le poids de son titre lui tira du fond de ses entrailles un soupir profond, si profond à faire ressembler un dictateur devant sa première constitution démocratique pour une jouvencelle délurée. Une décision devait être prise et cela pesait déjà sur les épaules de Calice, qui se voûtèrent imperceptiblement. Elle détestait cette sensation.... Celle d'être à la tête de l'Eglise et de choisir sa destinée...
Elle ferma les yeux quand elle sentit le souffle chaud d'Oriana sur sa nuque. Un frisson rassurant la parcourut. La jeune Kommandante s'était rapprochée doucement derrière la Teknopapesse, à une distance aussi respectueuse qu'un autre sentiment l'exigeait, c'est à dire très peu.
Les deux femmes étaient belles. On n'atteignait pas les plus hauts échelons de la Karavan sans être pourvues d'une certaine beauté voire d'une beauté certaine. Bien que n'étant pas un critère primordial, la beauté était néanmoins nécessaire pour qui voulait progresser au sein de l'Eglise Nomade de Jena.
D'une demi-tête plus grande que Calice, Oriana avait cette beauté martiale un peu froide qui sied à toutes les combattantes de la Karavan. Elle avait le corps souple et musclé de la guerrière qui s'astreint à une activité physique et à un entraînement quotidiens. Un visage aux traits fins, légèrement ovale, des yeux verts émeraude. Des cheveux roux flamboyants avec de grandes tresses longues jusqu'au bas du dos terminées par de petites lames acérées. Une arme mortelle et inattendue, qu'elle savait manier avec brio. Elle ne portait que quelques pièces de cuir rouges, qui couvraient à peine son corps, de hautes cuissardes du même rouge et une longue et large cape traînante, rouge aussi. Sa tenue d'apparat, la tenue de Kardinale, Kommandante des Hyades, la Garde d'élite de la Teknopapesse.
Calice avait quant à elle une chevelure courte, d'un noir intense, et des yeux bleus opales. Son visage était plus carré, tout en douceur pourtant. Elle avait des formes pleines que l'exercice de sa charge et un luxe exagéré rendaient généreuses. Elle était habillée de son sari rouge de cérémonie et la lumière crue de son halodéfl protecteur, dissimulé sur elle, la nimbait d'une lueur dorée quasi surnaturelle. Calice se mouvait avec aisance et la démarche étudiée faisait comprendre sans ambiguïté qu'elle était la Teknopapesse, la représentante charnelle de Jena, déesse de la Lumière et de l'Amour.
- « Cal... dois-je faire réunir le Konklave ? », demanda Oriana.
Calice se retourna lentement, se détachant avec difficulté de l'image hypnotique de la planète.
- « Pas encore ! Pas tout de suite ! », répondit-elle faiblement, « Je... »
Oriana attendit patiemment que son amie continue, avec le petit sourire impertinent de qui connaît déjà la fin.
- « Je me suis emportée tout à l'heure. Ce n'est pas digne de mon rang... je vais devoir faire pénitence Ori... », fit Calice d'une voix plus chaude, faisant jouer ses doigts sur les lanières de cuir de l'armure rouge de la Kardinale, « Pourrais-tu... m'accompagner... dans mes dévotions ?... »
Pour toute réponse, Oriana passa la main en direction du mur et son sourire disparut dans une pénombre intense et propice....
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